Zum französischen Original der Kolumne

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Mon BERLIN : Das neue zweite Vaterland

Sur l’autre rive du Rhin, côté français, on assiste médusé au déferlement des réfugiés sur l’Allemagne. D’abord, un cri d’admiration unanime pour la générosité d’Angela Merkel. 40 000 réfugiés en un week-end à Munich. 800 000 prévus cette année pour l’ensemble du pays. Ces chiffres sont étourdissants pour les Français qui, François Hollande s’y est engagé, en accueilleront 25 000 au cours des deux prochaines années. Même si elle vient de décider de refermer la frontière autrichienne, Angela Merkel est la star humanitaire du moment.

 Partout aussi la même question : « Mais comment vont-ils faire ? » « Est-ce qu’ils se rendent bien compte de ce à quoi ils s’engagent ? » Le matin à l’heure du petit déjeuner Marine Le Pen trompette à la radio. Elle compare la crise des migrants aux « invasions barbares » du IV siècle qui ont provoqué la chute de l’Empire romain. Elle dit qu’on essaie de nous faire croire qu’ils sont des persécutés politiques, alors que la plupart sont des réfugiés économiques. Elle dénonce le « laxisme » de l’Europe responsable de la crise actuelle. La litanie classique de l’extrême droite. Marine Le Pen a la même voix chargée d’agression que ce père qu’elle vient d’évincer du parti. Et son discours qu’elle essaie depuis des mois de lisser, de débarrasser de toutes les scories xénophobes… voilà qu’avec l’afflux des réfugiés, il reprend ses tonalités d’antan et fait écho aux peurs profondes des Français. La situation économique n’est pas brillante, l’avenir n’est pas rose, le chômage des jeunes impressionnant et puis il y a la Grèce… En ces temps de pénurie de logement les réfugiés vont-ils doubler les files d’attente et s’octroyer un logement alors que les Français devront prendre leur mal en patience et attendre leur tour ? Quand je pense aux élections de 2017 dans nos deux pays, je vois défiler devant mes yeux un très mauvais film. Marine Le Pen sera candidate à l’Elysée et ses chances de passer au second tour sont solides. Les clairons de la CSU aussi soufflent déjà sur les cendres populistes et peignent des petits villages coquets envahis par les migrants.

 Les fonctionnaires envoyés par François Hollande à Munich pour ramener des réfugiés en France, ont eu du mal à remplir leurs cars. Les réfugiés veulent rester en Allemagne, pays d’opulence et de démographie poussive, terre de Cocagne européenne. Ils ont entendu parler des mauvaises conditions d’accueil pour les réfugiés en France, de l’interminable et très bureaucratique procédure pour déposer une demande d’asile et du temps encore plus long pour qu’elle soit acceptée. Le nombre des déboutés est nombreux, sauf pour les Syriens. Ils freinent donc des quatre pieds pour rester en Allemagne où ils seront beaucoup mieux lotis.

 Cela me rappelle cet Allemand de souche rencontré au début des années 90 dans un village au fin fond du Kazakhstan. Il m’expliquait que ses ancêtres étaient partis de Wissembourg pour répondre à l’invitation de Catherine II de Russie et s’installer sur les rives de la Volga. « Ah, m’écriais-je ravie, mais alors vous êtes français ! » J’avais tellement l’habitude de ces Allemands de l’après guerre qui feraient tout pour échapper à leur difficile nationalité, ceux qui se déclarent Européens ou citoyens du monde, espérant ainsi faire un détour pour éviter leur si lourd passé… oui, que je m’attendais vraiment à ce qu’il pousse des cris de joie. Mais son visage s’est affaissé. Il a protesté et redessiné à sa façon la géographie de l’Europe. Non, il ne voulait pas admettre que l’Alsace est, définitivement depuis 1945, une terre française. Il voulait vivre en Allemagne.

 Les migrants d’aujourd’hui non plus ne rêvent plus de la France. L’Allemagne a supplanté mon pays comme destination de premier choix et la discrépance est importante. La France est descendue au quatrième rang des pays d’accueil après l’Allemagne, la Suède et l’Italie. C’est une grande tradition française qui est en train de s’étioler. « Chaque homme a deux patries, la sienne et la France » disait Thomas Jefferson. Il semble tous ceux qui débarquent aux portes de l’Union européenne soient en train de changer le dernier mot de cette belle formule.

 

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